Pourquoi rendre obligatoires 60 minutes d’activité physique à l’école

Les nombreuses années de suivi de l’activité physique des enfants ont révélé un constat clair : les enfants doivent suivre les Directives en matière d'activité physique.

Les enfants qui font 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour sont plus forts, plus confiants et moins stressés. Ils respectent leur poids santé, risquent moins de souffrir de diabète de type 2, et obtiennent de meilleurs résultats à l’école.

Les preuves sont irréfutables. L’activité physique régulière améliore la vie d’un enfant.

Toutefois, année après année, la grande majorité des enfants ne parviennent pas à respecter les directives. À l’heure actuelle, 9 enfants sur 10 ne bougent pas assez au quotidien, et ça doit changer.

POURQUOI LE PROBLÈME EST CHRONIQUE

Personne en particulier n’est responsable de la crise de l’inactivité. C’est un problème complexe auquel il n’y a pas de solution miracle.

Il y a place à amélioration à plusieurs égards. Nous pouvons commencer par faire des progrès à la maison, dans les écoles et dans nos communautés. Ne nous contentons pas de modifier nos habitudes personnelles; mais repensons également les normes sociales, et nos comportements par automatisme.  

UN PAS DANS LA BONNE DIRECTION

La récente comparaison des niveaux d’activité physique des enfants de 38 pays a démontré l’impact d’une stratégie étonnamment efficace — rendre l’activité physique obligatoire dans les écoles.

Parmi les pays comparés, c’est en Slovénie où les enfants sont les plus actifs, puisque près de 90 % des garçons et 80 % des filles y atteignent régulièrement les normes nationales. Cette réussite est étroitement liée à un système éducatif qui favorise l’activité physique.

Les écoles de la Slovénie ont adopté comme mission de faire bouger les enfants. Les écoles primaires y offrent notamment un accès quotidien à 77 minutes d’éducation physique sous la direction de professionnels. Les résultats parlent d’eux-mêmes et indiquent clairement le rôle primordial que les écoles doivent jouer afin de contrer la crise de l’inactivité.

POURQUOI ÇA NE SE FAIT PAS ICI

Pour plusieurs raisons, un système similaire n’existe pas de façon générale au Canada. Les budgets sont serrés, les professeurs sont pressés et manquent de ressources. De plus, les parents privilégient les résultats scolaires bien avant la participation à des cours d’éducation physique.

Nous ne croyons cependant pas que ces obstacles sont insurmontables. Le respect des Directives en matière d’activité physique est trop important pour être ignoré.

Alors, plutôt que de déclarer d’emblée que nous devrions obliger les jeunes à faire 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée à l’école, nous avons décidé de faire quelques suggestions, qui s’adressent autant aux parents qu’aux professeurs.

1. En faire une priorité

Premièrement, les parents et les professeurs doivent mettre l’accent sur l’activité au quotidien. Elle ne devrait pas être reléguée au second plan, derrière les résultats scolaires. Au contraire, il existe un lien direct entre l’activité régulière, de meilleurs résultats, une meilleure concentration, une meilleure mémoire, et même des aptitudes élevées de résolution de problèmes.

Ce lien doit être bien compris. L’augmentation du temps accordé aux activités physiques a un impact positif important sur le rendement scolaire.

2. Repenser les cours d’éducation physique

Les gens prennent souvent pour acquis que les enfants sont assez actifs à l’école parce qu’ils ont des cours d’éducation physique. Malheureusement, ce n’est pas nécessairement le cas.

Lors des cours d’éducation physique, il y a beaucoup d’arrêts de jeu et de temps accordé aux instructions, de sorte que trop souvent, les enfants ne passent pas la totalité de la période à être actifs.

Se concentrer sur des jeux plus actifs, comme le ballon-chasseur ou des variantes de la tague, qui impliquent que les élèves fassent de l’activité physique aérobie (d’intensité élevée), serait une meilleure approche. Aider les élèves à développer leurs habiletés motrices fondamentales comme la course, le coup de pied et le lancer, qui seront utiles dans la vie de tous les jours, est aussi primordial.

3. Intégrer l’activité physique aux cours généraux

Nous ne devrions pas penser que le cours d’éducation physique est la seule façon de faire bouger les enfants. Il suffit d’un peu de créativité et presque tous les cours peuvent devenir actifs.

Par exemple, au lieu d’écrire dans leur cahier si « chat » est un nom, un verbe, un pronom ou un adjectif, les élèves pourraient se déplacer vers le coin de la classe qui est associé à la bonne réponse.

Quelques professeurs à travers le Canada ont trouvé comme solution d’ajouter de l’équipement d’exercice dans leurs classes. À Stoneham-et-Tewkesbury, les professeurs ont remarqué que la concentration de leurs élèves s’est améliorée après l’ajout de quelques vélos stationnaires. D’autres ont aussi noté des résultats semblables en utilisant des pupitres pour écrire « assis-debout ».

Bien que les contraintes budgétaires soient un défi constant, il faut comprendre que les données tendent à démontrer de plus en plus l’efficacité réelle de l’activité physique dans l’amélioration générale de la concentration. Pour surmonter les contraintes budgétaires toujours présentes, de plus en plus de preuves s’accumulent et viennent confirmer que l’exercice agit comme un outil économique d’amélioration de la concentration, et non comme une simple distraction.

4. L’utilisation d’écrans pour inciter au mouvement

À travers le pays, plusieurs écoles ont mis en place des outils d’enseignement innovateurs, comme des tableaux intelligents, dans leurs salles de classe. Comme les écrans semblent devoir demeurer, nous devons trouver comment mettre à profit la technologie, sans tenter de la contrer.

Faire danser et bouger les élèves en écoutant des chansons, et jouer à des jeux autant instructifs que dynamiques sont de bons exemples d’applications actives. Les écrans intelligents permettent maintenant de rendre les cours plus intéressants, mentalement et physiquement.

5. Ne vous cassez pas la tête

Bien sûr, les écrans intelligents et les vélos stationnaires fonctionnent à merveille, mais faire faire de l’activité physique ne devrait pas automatiquement être coûteux. Prenez par exemple le Daily Mile (en anglais seulement), un projet qui gagne rapidement en popularité en Grande-Bretagne et dans les pays européens.

Ça fonctionne parce que c’est simple et c’est gratuit. Les enfants doivent courir pendant 15 minutes chaque jour. Pas besoin d’équipement, ou de changer de vêtements. Pas de compétition et pas de problèmes pour trouver du personnel. Simplement 15 minutes ininterrompues d’activité. Nous espérons que cet engouement s’installera bientôt au Canada. 

6. Encouragez les comportements sains à chaque occasion

La modification des normes sociales concernant les attentes et ce qui est accepté à l’école ne sera pas facile — mais ça en vaudra la peine. Voici quelques autres idées pour que les enseignants intègrent l’activité physique à l’horaire de leurs élèves :

  • Les écoles peuvent faire la promotion de l’activité grâce à des politiques basées sur l’activité physique, de cours d’éducation physique, de récréations, de périodes d’activité physique en classe, d’équipes sportives ou d’activités parascolaires
  • À l’aide d’affiches sur les murs, les écoles peuvent faire la promotion de l’activité physique, de ses bienfaits et des différentes options de participation à l’école ou dans la communauté
  • Les professeurs peuvent encourager la participation à des activités physiques et servir d’exemples et de modèles positifs
  • Les cours d’éducation physique peuvent offrir une multitude d’activités physiques de natures variées qui représentent les différents participants et leurs cultures
  • Les élèves peuvent organiser des groupes de marche autour de l’école sur l’heure du dîner
  • Les écoles peuvent penser à intégrer des pupitres pour écrire debout et des ballons de stabilité pour s’asseoir en classe
  • Recruter des professeurs d’éducation physique qualifiés et demander leur avis pour créer des politiques appropriées en matière d’activité physique pour tout âge ou niveau d’habileté
  • Encourager les élèves à s’impliquer et à communiquer leur opinion concernant les changements à apporter pour faire bouger leurs pairs

Nous savons que ça ne sera pas facile, mais nous ne voyons aucune raison pour laquelle les enfants canadiens ne feraient pas les 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée chaque jour à l’école. Nous voyons plutôt toutes les raisons pour lesquelles ils devraient le faire.